Aujourd’hui, dimanche 8 mardi 2020, la Journée Internationale des Droits de la Femme existe encore. Partout dans le monde, le droit des femmes est bafoué: les féminicides sont toujours aussi nombreux, les femmes doivent toujours payer leurs protections hygiéniques. Les femmes ont eu du mal à accéder aux plus hautes fonctions au niveau professionnel et politique. Bref, nous sommes encore loin d’être proche de l’égalité femmes-hommes.

Pourtant, il y a encore des problèmes au sein du mouvement féministe: un problème à reconnaître la diversité au sein du mouvement. Et nous allons aborder ce sujet en profondeur.

© Jazmin Quaynor

QU’EST-CE QUE L’INTERSECTIONNALITÉ?

 

L’intersectionnalité est un courant du féminisme dans lequel je me suis reconnue: j’en ai expliqué les raisons l’an dernier dans cet article. J’ai découvert que Madame Kimberlé Williams Crenshaw, militante pour les droits civiques, professeure de droit à l’université de UCLA, afroféminisme est la créatrice du concept de l’intersectionalité. Son érudition a été importante dans le développement du féminisme intersectionnel.

Selon Wikipedia, l’intersectionalité désigne une notion employée en sociologie et en réflexion politique, qui désigne la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de stratification, domination ou de discrimination dans une société.

L’intersectionalité a permis aux femmes non-Blanches d’avoir de la valeur dans le mouvement féministe et d’y avoir toute sa place! Oui, car le féminisme était, à l’époque de madame Kimberlé Williams, monochrome et était de classe sociale dominante!

C’est avec l’émergence des réseaux et en particulier, Twitter qui a permis aux féministes intersectionnelles et aux afroféministes de libérer la parole. Beaucoup ont pu commencer à s’organiser entre elles et s’exprimer sans honte et sans crainte de représailles. On peut aussi souligner que certaines d’entre elles ont été harcelées à la fois par des femmes et des hommes qui estimaient que leurs voix n’étaient pas légitimes.

© Ariele Bonte

POURQUOI L’UNIVERSALISME DESSERT LES MINORITÉS?

 

Je vais vous poser une question: savez-vous qui a fondé le mouvement #MeToo et quand a été t-il fondé? Vous allez sûrement me répondre Alyssa Milano et Rose McGowan et que le mouvement date de 2016: malheureusement, c’est FAUX.

Le mouvement #MeToo a été crée par la directrice des programmes de l’organisation à buts non-lucratifs Girls for Gender Equity (les filles pour l’égalité entre les sexes) et féministe afro-américaine Tarana Burke. Cette organisation, dans laquelle Tarana Burke travaille, a été crée par l’Haïtienne-Américaine Joanne N. Smith. D’ailleurs, elle avait fait sa première campagne sur MySpace.

Le mouvement a été crée en 2007. Pourtant, les médias traditionnels nient l’impact et invisibilise le travail de plusieurs années de madame Tarana Burke. Aujourd’hui, on ne parle que l’ancienne actrice de Charmed et on la met en figure de proue de ce mouvement. Certes, madame Burke a répété à plusieurs reprises que l’important dans ces histoires n’est pas sa personne mais le mouvement en lui-même. 

© Jennifer Bedoya

Mais cela est frustrant que le mouvement fondée par une femme Noire soit reprise par deux actrices qui ne tournent plus et qui sont revenues au premier plan en se servant gratuitement du travail de longuee haleine d’une femme, SANS la créditer. 

On se rend compte qu’il n’y a pas de réelle solidarité dans le mouvement féministe car nos luttes sont différenciées selon nos cultures. En tant que femme Noire, nous luttons contre le patriarcat, contre le racisme des groupes ethniques dominants et de groupes ethniques minoritaires mais aussi contre les violences sociales (l’accès à l’éducation pour toutes, la fin de l’esclavagisme des filles), psychologiques et sexuelles (comme les mutilations génétiques, la pedocriminalité, les violences conjugales). Nous sommes oppressés au sein de nos groupes religieux et culturels: dans nos luttes, je constate que nous sommes généralement seules et sans alliés. Mais quand d’autres groupes ont besoin d’alliées, nous faisons bloc avec eux.

Je considère que l’on ne peut pas s’allier avec des groupes qui ne ratent jamais l’opportunité de nous descendre dès que l’opportunité se présente à eux.

POURQUOI L’INTERSECTIONALITÉ EST TANT DÉCRIÉ EN FRANCE?

 

L’intersectionalité semble faire peur au féminisme qui se revendique être universaliste. Sur de nombreux plateaux télévisés ainsi que sur Twitter, on se plaint d’un radicalisme et d’un racialisme de la part de féministes intersectionnelles. Pire encore, on les accuse de mettre à mal le mouvement féministe.

Les laïcards, qui rejettent en bloc la diversité, taxent l’intersectionalité de “racisme inversé”. Quand on sait que le racisme est un système d’oppression et de domination: parler de racisme venant de minorité, c’est plus qu’exagéré. On accuse l’intersectionnalité de mettre en silence, les revendications féministes et de verser dans du communautarisme. Les réseaux sociaux ont mis en lumière que le féminisme universel n’en a que faire de la diversité. Beaucoup cherchent à museler la liberté de parole de femmes qui ne pensent pas la même chose qu’elle.

Si l’intersectionalité a pris une telle place dans le mouvement féministe, ce n’est pas un hasard. Cela a permis à de nombreuses femmes d’assumer leur féminisme et ce, sans rentrer en contradiction avec leurs luttes.

L’intersectionnalité a permis l’émergence d’un féminisme qui revient à sa source: celle de la lutte pour les droits de TOUTES les femmes et par les femmes. Là où certains osent parler de séparatisme, je préfère parler d’inclusion.

L’intersectionnalité est décrié car elle est inclusive et prône la reconnaissance de la diversité des femmes qui composent le mouvement féministe. Il réhabilite ces femmes longtemps méprisées par les mouvements féministes bourgeois. En résumé, ces femmes se sont senties comprises.

Et c’est pour cela que je me reconnais dans l’intersectionalité. J’espère que celles qui combattent l’intersectionalité savent qu’elles se font, de facto, alliées du patriarcat: notre adversaire à TOUTES. Mais aussi, qu’elles desservent le combat féministe.

 

À très vite…

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