Féministe intersectionnelle, OUI! Mais afroféministe version française NON…

Table des matières

Ce n’est que fin 2018 que j’ai pris conscience de mon féminisme.

Le féminisme est un mouvement que j’ai longtemps méprisé de part mes croyances religieuses. J’avais aussi le sentiment que c’est un mouvement social de femmes Blanches bourgeoises pour des femmes Blanches bourgeoises.

  • POURQUOI CE REJET?

Les derniers évènements sur des polémiques visant des personnes racistes (personnes non-Blanches, ndlr) qui se multiplient avec le temps. On peut prendre trois exemples: le turban porté par Mennel (la chanteuse et ancienne candidate à The Voice édition 2018), la polémique sur le hijab sportif et sur le harcèlement dont a fait l’objet Myriam Pougetoux (présidente du syndicat étudiant l’Unef  de l’université Paris-IV).

Des femmes Blanches, qui se disent “féministes” ont soutenu ces déferlements de haine. Certaines d’entre elles ont des positions élevées au sein de la société. Certaines  sont députées, cheffes d’entreprises, journalistes et cie.

Elles s’opposent systématiquement aux voix qui leur semblent discordantes au sein du mouvement féministe. Sous couvert d’universalisme, elles oublient que les femmes ne font pas face aux mêmes oppressions. Certaines d’entre elles utilisent des relents racistes pour minimiser la volonté d’intersection de nombreuses féministes. Pour ces femmes, il n’y a qu’une vision du  féminisme et c’est la leur. Il n’y a qu’à voir cette lettre ouverte du 8 mars publiée dans le journal Liberation.

Aude Lorde

Comment peut-on se revendiquer féministe et invisibilser la voix des autres féministes qui ne rentrent pas dans le pré-carré qui leur était réservé? Comment peut-on se revendiquer féministe et appeler au viol d’une journaliste Noire sous prétexte qu’elle ne pense pas comme nous? Comment peut-on se revendiquer féministe et en même temps, imposer une vision de vie qui ne laisse pas le choix aux autres femmes?

Pourtant, selon le dictionnaire Larousse, le féminisme (mot polysémique)  se définit comme un mouvement militant pour l’amélioration et l’extension du rôle et des droits des femmes dans la société.

Par conséquent, une féministe n’impose ni ne dénigre le point de vue des autres femmes et féministes qui n’ont pas la même vision des choses qu’elle.

À mon avis, une féministe est de nature à se battre contre le patriarcat, à se battre pour l’égalité entre les femmes et les hommes, à se battre pour le libre choix des femmes (quelque soit leur religion, leur ethnie et leur genre).

Et malheureusement, certaines ont oublié l’origine des luttes féministes.

Mais ce rejet du mouvement féministe a aussi ses origines religieuses. Je suis croyante mais certainement pas écervelée. DIEU nous a donné un esprit d’intelligence qui nous permet d’avoir nos propres réflexions. Sous prétexte de soumission de l’épouse par rapport à son époux, une femme ne pourrait pas être libre de son arbitre.

Sous le prisme religieux, on dicte aux femmes que leur bonheur passe forcément par l’humeur de leur époux ou par le rôle d’être une mère. Si vous n’êtes ni mariée ou ni mère, vous n’avez aucune valeur. C’est à cause de cela qu’on voit beaucoup de femmes approchant la trentaine culpabiliser à l’idée d’avoir raté leur vie en ayant pas réalisé ces “deux accomplissements”.

On leur donne l’injonction de se mettre à disposition de leur mari comme si elles étaient redevenues des enfants en devenant des épouses.

Une femme est un être humain complet dès qu’elle est en harmonie avec elle-même. Elle n’a pas besoin d’être une épouse ou d’être une mère pour se sentir complète. C’est aussi sous couvert du prisme religieux que l’on défend l’indéfendable: le silence sur les violences conjugales, les mutilations génétiques, les violences psychologiques par exemple.

 

 

  • MON CHEMINEMENT VERS L’INTERSECTION

Mais pourquoi cette volonté de division au sein du mouvement féministe? Tout d’abord, il est important de définir ce qu’est l’intersection au sein du mouvement féministe.

En 1989, la juriste afro-américaine Kimberlé Crenshaw a créé ce concept sociologique. Ce terme se définit comme la prise en compte des multiples discriminations qui visent une même personne, en les considérant globalement selon le webjournal Slate.

C’est parce qu’il y a des femmes qui sont victimes de plusieurs discriminations et que ces multiples discriminations ont été masqué par la volonté d’universalisme du féminisme.

Une femme racisée, lesbienne et musulmane peut faire face à plusieurs oppressions: le sexisme, l’islamophobie, l’homophobie et le racisme. Ce qui n’est pas le cas d’une femme Blanche  qui fait face à l’oppression caractérisée par son genre.

Sous couvert de laïcité, on veut continuer à museler (par exemple) la parole des femmes racisées et musulmanes.

De plus, dans ces associations féministes mises en avant dans les médias, j’observais l’absence criante de diversité au sein de leur encadrement. Comment parler à la place des féministes non-Blanches sans les inclure dans leur structure associative?

Aujourd’hui, les féministes intersectionnelles sont davantage organisées en France. Elles sont présentes sur les réseaux sociaux et elles ont créé leur media. On les voit tenir des conférences qui rencontrent de beau succès.

© Rolling Stone March 2019
  • MON REFUS DE L’ÉTIQUETTE “AFROFEMINISME” VERSION FRANÇAISE

J’ai toujours eu du mal avec ce terme afroféministe version française car une bonne partie des femmes Noires féministes qui se revendiquent ainsi veulent imposer leurs visions du féminisme aux autres femmes Noires.

Je pourrais me revendiquer afroféministe américaine car il est à l’origine de l’intersectionnalité. Ce mouvement a su comprendre certains codes et de nombreuses femmes à l’avant-garde de ce mouvement vivent de leur militantisme. Je pense à ces figures de proue comme Beverly Guy-Sheftall, Kimberlé Williams Crenshaw…

J’en ai moi-même fait les frais en décembre dernier sur Twitter où je me suis faite harcelé car je les avais qualifiée de cancer. Je confirme mes dires pour beaucoup d’entre elles car quand il y a des voix discordantes (à leurs yeux), elles savent agir minutieusement en groupe pour vous terroriser sur Twitter.

Certaines s’amusent à déterrer des tweets vieux comme l’Antiquité et à faire des captures d’écran pour les ressortir au moment parfait. J’ai vu, plusieurs femmes Noires être contraintes de verrouiller leur compte Twitter pour éviter le déluge de haine à leur encontre.

Cela ne vous rappelle t-il pas le profil des harceleurs que ces afroféministes  sont censées combattre?

Ces comportements de brebis galeuses sont choquant surtout quand on sait que les femmes Noires sont plus sujettes au harcèlement sur les réseaux sociaux comme l’a attesté Amnesty International dans son rapport sorti en décembre 2018.

Ce n’est certainement pas avec ce genre d’agissements que l’on pourra s’unir sous la même bannière.

Mais DIEU merci, il y a beaucoup plus de choses positives à dire sur ce mouvement en France. Tout d’abord, le mouvement commence à faire ses émules en France. Il s’organise et gagne en visibilité grâce aux blogs, aux journalistes, réalisatrices et aux militantes sur le terrain.

Le blog Afrofeminista m’a donné une vision positive du mouvement. Aïcha (la créatrice du blog) nous parle de sororité, problèmes sociaux propre à nos communautés, de mutiliations et autres violences gynécologiques.

Je pense au merveilleux podcast d’Axelle sous le nom de “Me, My Sexe & I” qui laisse parler le vécu des femmes Noires francophones. Mais également, à

Marie Dasylva qui a créé son agence Nkail Workpour venir en aide aux personnes racisées dans le milieu professionnel. Le hashtag #JeudieSurvieAuTaf vous donnera un bel aperçu de son travail.

Comment ne pas oublier le portail Parlons des Femmes Noires, membre du collectif Afrofem dont je suis le travail avec attention. Elles aident les femmes racisées en les aidant dans leurs démarches et leur appel à l’aide.

Il y a la réalisatrice Amandine Gay avec son oeuvre “Ouvrir la Voix” qui a fait du beau chemin. Sorti en 2017, il est paru en DVD et VOD chez Arte Editions en 2018.

Enfin, pour finir en beauté, je vous parle rapidement de la journaliste, réalisatrice et autrice Rokhaya Diallo. Bien qu’elle ne se revendique pas afroféministe, Rokhaya a été l’une des pionnières en France sur l’intersectionnalité. Son travail, qui s’étale sur deux décennies, parle pour elle (mais je vous en parlerais en détail prochainement).

À très vite, j’espère…

 [:en]Ce n’est que fin 2018 que j’ai pris conscience de mon féminisme.

Le féminisme est un mouvement que j’ai longtemps méprisé de part mes croyances religieuses. J’avais aussi le sentiment que c’est un mouvement social de femmes Blanches bourgeoises pour des femmes Blanches bourgeoises.

Les derniers évènements sur les personnes racistes (personnes non-Blanches, ndlr) qui se multiplient avec le temps. On peut prendre deux exemples: la polémique sur le hijab sportif et sur le harcèlement dont a fait l’objet Myriam Pougetoux (présidente du syndicat étudiant l’Unef  de l’université Paris-IV).

Des femmes Blanches, qui se disent “féministes” ont soutenu ces déferlements de haine. Certaines d’entre elles ont des positions élevées au sein de la société: certaines d’entre elles sont députées, cheffes d’entreprises et cie.

Comment peut-on se revendiquer feminist


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